lundi 26 août 2013

Punie

Je n'ai même pas pu courir. J'en ai été privée.

Samedi 24 août, aux alentours de 16h30, j'abandonne. C'est le terme consacré et ça ajoute à mon malheur.
Je participe au triathlon de Vouglans et au bout de 23km sur 30, après cinq précédents arrêts, ma chaine se bloque à nouveau entre deux plateaux et je n'arrive pas à la débloquer. Un lancer lâcher de vélo en plus fait crever mon pneu, ce qui met un terme définitif à mon épreuve.
Désespoir, honte, larmes, colère.
Je finis la journée en tentant de sauver les apparences, mais j'ai le moral au plus bas et les réactions en dent de scie.
Cerise sur le gâteau, les temps tombent dans la soirée, j'avais fait un super temps en natation.

Il faut dire que la journée aura vraiment été compliquée : lever dans la brume, la pluie et l'orage. Même pas envie d'y aller. Le beau-frère qui y participe me pousse à le suivre, j'y vais par fierté et pour lui faire plaisir.
À une heure du départ, toujours pas sûre de plonger.
Mais le ciel devient clément et la température de l'air est juste idéale pour pouvoir pousser sans suffoquer.
Quinze minutes avant le départ : l'eau est toujours aussi bonne...
23,8°C : combinaison autorisée pour 0,2°C.
Je n'en mettrai pas. Au moment où je me fais cette réflexion, je sais que je vais prendre le départ.
Autour de moi, la plupart des participants ont des combinaisons. Pour ma part, je ne pense pas gagner plus de temps en flottant mieux sur une si courte distance que je vais en perdre en devant l'enlever sur le chemin du parc à vélo.
Je suis au bord de l'eau, les nanas qui font partie du même club piaillent devant et derrière moi, elles se vantent, médisent, et je me surprends à vouloir surtout ne jamais faire partie d'un tel groupe. Bizarre. L'idée de m'inscrire en club me trotte pourtant dans la tête...
Au milieu des bavardage, sans prévenir, le coup de pistolet retentit, et tout disparait.
Les déblatérations féminines, le stress, cette fichue météo, mes angoisses relatives au vélo.
Ne reste qu'une seule chose : l'eau. Bonne. Amie. Et je suis bien.
En dix mètres, tout est parfait. La meilleure nage en course de ma vie.
Je suis aussi bien qu'en piscine. Je trouve immédiatement mon rythme : trois temps, je respire, trois temps, je respire. Je n'ai aucun problème à souffler sous l'eau.
Cela ne venait donc ni du stress, ni du rush du départ, mais bien de la température.
L'avantage du départ décalée, c'est qu'on est très peu de filles à partir en même temps, je n'ai donc pas trop à me soucier des coups et des trajectoires des gens autour de moi. J'ai de l'espace.
J'ai même le temps de penser à mes mouvements, de bien ramener mes bras sur ma ligne médiane, de relever les coudes plus haut que mes avant-bras. Je me sens trop bien.
La fin de la natation arrive vite et je sais que j'ai fait un bon temps.
Je ne galère pas autant que l'année dernière à remonter jusqu'au parc à vélo, je double même une ou deux filles.
La transition se passe bien, je vais attaquer St Christophe.
Je prends la décision d'en garder sous le pied pour le reste de la course et de ne pas monter à tout prix en restant sur le vélo.
La bonne nouvelle, c'est que j'arrive à me mettre en danseuse, chose que j'avais oublié d'essayer avant.
La mauvaise, c'est que cela ne m'empêche pas de mettre le pied à terre avant la fin de la montée. Pas grave, je finis à pied le raidillon et je me remets en route.
Les huit prochains kilomètres se passent bien, jusqu'à la montée de Pont-de-Poitte.
Et là c'est le début de l'enfer. Déraillements, blocages de chaine en série.
Les filles que j'avais réussi à garder à distance de moi me dépassent, puis je remonte sur mon vélo,  j'en rattrape, je déraille à nouveau, elles me redépassent, comme ça cinq fois. Je sus en larmes. Je perds un temps fou. Je crise car tous les efforts que je fournis sur le vélo s'évaporent en un déraillement. Puis vient la crevaison, un mélange de soulagement, car cet enfer se termine, et de déception, car cette course se termine. Au final, je suis extrêmement triste, un sentiment d'échec, de culpabilité et de frustration m'étreint.

Le lendemain n'est pas rose non plus. Après avoir tenté de digérer mon abandon, je réalise que je n'ai même pas pu courir. J'ai été punie à cause de cette avarie mécanique. Je n'ai même pas eu le droit de montrer ce que j'avais dans les pattes, à quel point je pouvais m'arracher.
La course à pied au triathlon de Matemale s'était mal passée, mes jambes étaient comme du bois et sans ressort. Je voulais conjurer cette déconfiture. Le week-end dernier, j'avais fait un enchainement vélo/course à pied qui s'était relativement bien passé : j'étais fatiguée au démarrage de la càp, comme d'habitude, le corps ne comprend pas vraiment ce qu'on lui demande de faire tout à coup, lui qui donne tellement depuis plus d'une heure, est exhorté de faire encore plus et d'une autre manière. Pour autant, je m'en étais bien sortie et j'étais déterminée à prouver que je pouvais être combattive sur ce point lors de ce triathlon.
Je n'ai même pas pu.
J'ai pleuré à nouveau.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire